Macbeth par Woollet, William

« Macbeth », Shakespeare

Éteins toi, brève lampe !

La vie n’est qu’une ombre qui passe, un pauvre acteur

Qui s’agite et parade une heure, sur la scène,

Puis on ne l’entend plus. C’est un récit

Plein de bruit, de fureur, qu’un idiot raconte

Et qui n’a pas de sens.  (Macbeth, V, 5)

C’est la première pièce de Shakespeare que je lis entièrement. Il y a quelques années, j’ai essayé de lire la célébrissime pièce Roméo et Juliette mais je l’ai trouvée trop mièvre. Je l’ai jetée dans le fossé des livres inachevés que je lirai probablement un jour mais qui pèsent lourd sur ma conscience. Quand j’ai commencé Macbeth, je m’attendais à ce que la pièce connaisse un sort similaire. J’ai été déstabilisée par le style que je qualifierais de florissant. Le texte déborde d’images et il m’a fallu redoubler de concentration pour les saisir. Au fur et à mesure, j’étais charmée par chaque phrase, tout était si joliment dit, si bien tourné et si frappant de significations.

Macbeth est un excellent général qui œuvre pour le roi d’Ecosse, Ducan. Un jour, trois sorcières lui prédisent que prochainement, ce serait lui le roi d’Ecosse. Cette prédiction allume en lui une ambition dévorante pour le pouvoir, ambition que sa femme n’aura de cesse de tisonner jusqu’à ce qu’il abandonne ses craintes et se décide à tuer le roi. A cette réplique de Lady Macbeth I (, 7) :

Était-elle ivre

L’espérance, votre manteau d’avant ? Puis a-t-elle dormi,

Qu’elle regarde aussi abrutie, au réveil malade,

Ses audaces du soir ? Dorénavant

C’est ainsi que je juge de ton amour ! As-tu donc peur

D’être le même, en action, en courage,

Que tu es en désir ? Peux-tu, au même instant,

Vouloir ce que tu tiens pour l’or de ta vie

Et vivre comme un lâche, qui se sait tel,

Laissant « Je n’ose pas » suivre « Je voudrais bien »

Comme minable chat du proverbe !

Macbeth, vaincu, finit par répondre :

Me voici résolu ! Et je rassemble

Toutes mes énergies pour ce terrible exploit.

Allons, dupons-les tous de notre air affable !

Trompeur

Doit être le visage quand l’est le cœur.

Je trouve ce passage particulièrement intéressant parce qu’il montre un Macbeth non seulement prisonnier de son ambition qu’ont fait naître les trois sorcières mais aussi de sa femme qui exerce sur lui un chantage affectif. Si Macbeth ne réalise pas un coup d’État, c’est qu’il est lâche et qu’il n’est pas un homme. Et elle refuse l’amour d’un lâche. Il est amusant de constater que tout le tragique de la pièce repose sur cette scène. Comme Macbeth ne peut pas se conduire en « lâche » en n’osant pas accomplir les actions qu’il faut pour accéder au trône, il est « obligé » d’aller jusqu’au bout de l’idée, de se comporter en « homme », de massacrer le roi qui était pourtant un hôte à qui il devait protection. Une fois ce premier crime injustifiable commis, il se trouve obligé de tuer toutes les personnes qui représentent une menace, même si ce sont des enfants innocents.

Finalement, Macbeth et sa femme n’arrivent pas porter le poids de leurs propres crimes. Ils sombrent progressivement dans la folie. Lady Macbeth finit par se pendre. Macbeth comprend peu à peu que les sorcières l’ont trompé, que les prédictions rassurantes qu’elles lui avaient faites pour le pousser à prendre le pouvoir étaient des prédictions à double sens. Pourtant, il refuse de se rendre et se bat jusqu’au bout.

Pas question de me rendre […]

Je vais tenter ma chance suprême. Devant mon corps

J’élève mon bouclier de guerre. Frappe, Macduff,

Damné soit le premier qui implore merci ! (V, 10)

J’ai donné le sein, et je sais

Comme il est doux d’aimer le petit être qui tète,

Mais j’aurais arraché mon téton à ses gencives sans force,

Et, fût-il même en train de me sourire,

J’aurais fait jaillir sa cervelle

Si je m’étais engagée par le même serment que vous !

(MACBETH, Lady Macbeth, I, 7)


2 commentaires

  1. Le monstrothécaire

    J’aime vraiment beaucoup cette pièce. =) La préface m’avait aussi bien éclairé en amont sur les différents sens de lecture. Par exemple et sauf erreur, rien ne prouve que Macbeth ait réellement rencontré ces trois sorcières. Il se peut qu’il les ait imaginées. Ou du moins, qu’il ait rencontré de vieilles femmes, mais que la prédiction ait été imaginée. Macbeth est décrit comme un valeureux général, certes, mais qui se met à trembler devant la moindre peccadille surnaturelle. Dans certains cas, il a peur de son ombre.

    Pour Roméo et Juliette, je l’ai vue jouée. C’est une superbe pièce, il y a là encore des tirades qui claquent. Ça vaut le coup.

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    1. niyamoja

      C’est ce qui fait la complexité de la pièce, il est bien difficile de déterminer ce qui est réel et ce qui est imaginaire. Après une relecture rapide du début de la pièce, Banquo semble voir également les sorcières ; il leur demande d’ailleurs pourquoi elles ne lui font pas de prédictions aussi positives que celles qu’elles font à Macbeth. Mais la réalité de cette scène aussi peut être mise en doute : elle a lieu en pleine nuit, le brouillard est épais, les deux protagonistes sont rompus par la fatigue, etc. Shakespeare s’inscrit aussi dans une longue tradition où on se demande sans cesse quelle place il faut accorder aux prédictions, aux visions et aux songes. Qu’on décide d’adopter une lecture purement rationnelle qui considérerait Macbeth comme un personnage à la limite de la folie ou qu’on accepte une part de merveilleux et de mystère, il n’en demeure pas moins que la superstition tient une grande place dans l’esprit de Macbeth et détermine grandement ses actions.

      Je vais laisser une chance à Roméo et Juliette, c’est un « monument » qu’il faut avoir lu.

      Merci beaucoup pour votre commentaire !

      Aimé par 1 personne

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