La Servante écarlate

[La Servante écarlate] L’illusion de la liberté

La religion occupe une place centrale dans la Servante écarlate. Gilead est une théocratie c’est-à-dire « un gouvernement dont l’autorité, censée émaner de Dieu, est exercée par une classe sacerdotale » (Dictionnaire historique de la langue française, A. Rey). Tout d’abord il faut distinguer deux types de croyants : il y a ceux qui font partie du peuple et qui n’ont aucun pouvoir décisionnaire et il y a les prêtres qui prennent des décisions en conformité avec la volonté divine. Il est très intéressant d’analyser l’usage que les prêtres font de la religion à Gilead et, ça tombe bien c’est ce que je me propose de faire dans cet article.  

La grande hypocrisie

Les religieux les plus intelligents et qui sont en haut de la pyramide sont donc les prêtres ; paradoxalement ils ne croient pas en l’idée et sont même parfois athées. Ils ne croient pas en l’idée mais ils savent qu’il faut que les autres y croient avec ferveur pour qu’ils acceptent de se soumettre. Le Commandant par exemple trompe sa femme sans culpabilité et sait que d’autres en font autant. Il comprend qu’il faut que ceux qui sont sous ses ordres croient qu’il est irréprochable et intraitable. C’est pourquoi il consent à ce que ceux qui enfreignent les règles soient sévèrement châtiés, il ne manifeste que peu de compassion quand il assiste à ces scènes.

Dans l’épisode 12 de la saison 2 a lieu l’exécution d’Éden. Éden, la jeune épouse de Nick trompe son mari car elle se rend compte que ce dernier ne l’aime pas et ne l’aimera probablement jamais. Elle commet ainsi un adultère mais refuse de faire amende honorable car elle a agi par amour ce qui est un motif pur. Elle est tout de même mise à mort. Alors que ceux qui avaient connu Éden sont tristes et révoltés par sa mort, le Commandant au contraire la blâme : il estime que le châtiment était à la hauteur de la faute.

La religion comme outil de domination des masses

Le personnage de Tante Lydia est très intéressant car elle illustre bien le rôle des subalternes. Sa mission est de surveiller les Servantes et de leur apprendre leur rôle. Elle n’hésite pas à ordonner qu’on les mutile ou qu’on les lapide. Elle peut avoir de la peine pour elles mais jamais de la pitié car elle croit vraiment qu’elles méritent leur châtiment. C’est une fanatique, elle ne peut être juste ou injuste que selon son propre système de valeurs ce qui la rend particulièrement dangereuse car il est impossible de faire naître en elle un doute ou une remise en question quelconque.

Le père d’Éden illustre également le manque d’humanité des subalternes. Sa fille vient de mourir pourtant, il souffre plus de la honte qu’elle a apporté dans la famille que la disparition de cette dernière. Nous apprenons même qu’Éden a cherché refuge dans sa famille mais que son père l’a dénoncée car, selon lui, la religion et L’État ont plus de valeur que la piété filial, l’amour paternel. On voit alors à quel point la religion est un outil de propagande puissant. De fait, on considère l’amour familial comme étant suprême, or la religion arrive à s’immiscer même au sein d’une institution aussi solide que la famille. Finalement, les habitants de Gilead ne sont libres nulle part, ni dans la rue, ni au sein de leur famille.

Le paradoxe de la liberté

En un sens, les plus libres dans Gilead sont ceux qui ne croient pas au système. Qui jugent les choses comme elles sont. Qui ne veulent pas tout justifier de manière métaphysique mais considèrent qu’il n’y a que des actions humaines motivées par des raisons humaines. L’ironie dans l’histoire, c’est que ce sont les prêtres-athées (belle oxymore) qui peuvent être aussi lucides. Ceux qui théorisent l’idée mais qui n’y croient pas.

Sont libres aussi, ceux qui sont en dehors du système, qui ne le regardent que de loin et qui considèrent les valeurs comme des mœurs étrangères. Mais dans les deux cas de figures, la liberté est toujours restreinte. Les prêtres-athées sont obligés d’être des bourreaux et de sembler irréprochables pour que le système fonctionne. Ils ne peuvent faire ce qu’ils veulent qu’en cachette de leurs Épouses. Ceux de l’extérieur sont libres mais n’ont aucune marge de manœuvre dans le système. Leur liberté est nulle en quelque sorte. Et de fait, un étranger ne peut pas faire la loi dans un pays qui n’est pas le sien.

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