« Les Identités meurtrières », Amin Maalouf

La lecture de ce livre a été une véritable révolution pour moi, je dirai même qu’elle m’a été salutaire. Cela fait plusieurs années que j’ai lu pour la première fois Les Identités meurtrières, un essai d’Amin Maalouf. Je venais d’arriver en France après avoir passé toute ma vie dans une île perdue au milieu de l’Océan indien. Pour la première fois, je me retrouvais dans un endroit où je faisais partie de LA minorité. Arriver en France fut un véritable choc culturel. Autre lieu, autres mœurs. Mais ce choc était d’autant plus violent que je ne portais pas une culture considérée comme valorisante. Parler une langue africaine, venir du tiers-monde, avoir des pratiques culturelles rarement représentée dans les médias étaient au mieux une curiosité au pire méprisable. Le drame dans l’histoire c’est quand on vient à le penser.

Je dirai que ce livre répondait à une question cruciale pour moi à savoir comment se positionner dans un monde qui ne nous est pas destiné a priori. Ce qui m’a le plus frappée dans les Identités meurtrières c’est la conception que l’auteur propose de l’identité. Selon lui, l’identité n’est pas un bloc homogène et immuable, au contraire, notre identité ne cesse de s’enrichir tout le long de notre vie, au fil de nos rencontres, de nos voyages, etc. Mais, ce qui fut révolutionnaire pour moi, c’est l’idée selon laquelle l’aspect de notre personne qu’on met le plus en avant est la part de notre identité qui est particulièrement menacée. Et plus on la sent rejetée et méprisée, plus on a envie de l’affirmer de manière forte. Pour prendre un exemple actuel, si des femmes musulmanes se mettent tout d’un coup à se voiler et à revendiquer leur foi c’est parce qu’elles ont l’impression que leur religion est montrée du doigt et attaquée.

Pour éviter d’avoir recours à des actes de plus en plus extrêmes dans le but de prouver qu’on existe, Amin Maalouf invite son lectorat à remettre en question la vision qu’il se fait de l’identité et à permettre à lui-même et aux autres le droit d’avoir une identité riche de plusieurs apports sans être sommé de choisir, c’est-à-dire de renoncer à une part de ce qu’on est.

Ici s’achève la revue très rapide et très partiale de ce livre. Mais je ne vais pas vous laisser partir les mains vides. Amin Maalouf propose un « examen d’identité » que je vous invite à faire en commentaire ou pour vous-mêmes (car il faut dire que c’est un sujet très intime).

1. Pays d’origine : quel est votre pays d’origine ? avez-vous déjà quitté ce pays pour aller vivre ailleurs ? Si oui, de quelle manière cela vous a-t-il changé ?

2. Origines familiales : comment qualifierez-vous la famille dans laquelle vous êtes né ? A quel groupe ethnique est-elle identifiée ? Quelle est sa position économique ?

3. Langue(s) : quelle est votre langue maternelle ? Quelle est votre rapport vis-à-vis d’elle ? Est-ce que vous parlez d’autres langues ? Comment avez-vous été amené à les apprendre ?

4. Religion : quelle est votre religion ? Comment est-elle entrée dans votre vie et quelle place occupe-t-elle ? Et pour les non-croyants, comment êtes-vous devenus athées et quel impact cela a-t-il dans vos vies et vos rapports aux autres ?

Si vous avez d’autres points à suggérer, n’hésitez pas à les écrire, c’est avec plaisir que je les lirai.

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