« Le voyage de saint Brendan », Benedeit

Le voyage de saint Brendan est un récit curieux mais très agréable à lire. C’est une version en ancien français d’une partie très connue de la vie du moine irlandais Brendan. Comme le titre l’indique, il s’agit d’un récit de voyage, mais ce n’est pas un voyage ordinaire. Très rapidement, le lecteur pénètre dans un univers merveilleux.

Un récit de voyage dans l’au-delà…

Sans raison apparente, l’abbé Brendan décide d’entreprendre un voyage pour aller visiter le paradis de son vivant. Il embarque avec lui deux fois sept moines mais au moment de partir, trois autres moines de son monastère veulent les suivre bien malgré lui. Ces moines surnuméraires disparaîtront un à un au cours du voyage. L’un parce qu’il était voleur, donc indigne d’entreprendre une telle aventure, le deuxième sera entraîné par des démons en enfer à cause de ses péchés et le troisième s’évaporera sans qu’aucune explication ne soit donnée au lecteur.

La navigation de saint Brendan est le récit d’une quête qui ne peut être réussie que par des personnes au cœur noble qui ont foi en Dieu.

… plein de rencontres inattendues

Le voyage des moines est rempli d’aventures merveilleuses tantôt heureuses tantôt effrayantes. Par exemple, pour célébrer Pâques, l’équipage décide de s’arrêter sur une île. Alors qu’il allume un feu pour cuire la viande, l’île commence à se mouvoir. Ils s’étaient en vérité installés sur le dos d’une baleine, animal considéré comme diabolique au Moyen-age ! Ils rejoignent en toute hâte leur bateau, laissant derrière eux leurs marmites qu’ils récupéreront l’année suivante.

La rencontre la plus inattendue qu’ils font est sans aucun doute celle de Judas. Brendan et les siens s’éloignent tant bien que mal de l’enfer dont les exhalaisons putrides et les monstres qu’ils y ont entrevu ont suffit à les effrayer. Non loin de là, au beau milieu de la mer,

[Ils ] trouvèrent ce qu’ils ne s’attendaient guère à voir : un homme nu assis sur un rocher, un homme en perdition, tiraillé, lacéré, déchiré. Le visage enveloppé d’un morceau d’étoffe, il s’accrochait à un pilier. Il se cramponnait au rocher pour empêcher que les vagues ne le renversent en arrière. Les vagues le fouettent et lui font souffrir une mort sans fin. Une vague le heurte et il faillit couler ; une autre vient le frapper par derrière et le repousse plus haut. Péril devant, péril en haut, péril derrière, péril en bas ; un grand supplice à droite et un supplice non moindre à gauche. Exténué par les assauts des vagues, il se lamente sur son sort.

Judas raconte alors à Brendan qu’il a vendu Jésus aux Juifs pour trente deniers. Pris de regret quand il s’est rendu compte de la gravité de son acte et ne pouvant pas non plus le réparer, il s’est donné la mort. Il raconte ensuite avec force détails les tortures qu’il subit en enfer. Benedeit, l’auteur du Voyage de saint Brendan, prend se plaît à imaginer les sévices corporelles que subit Judas. Le but d’une telle partie de gloire poétique est d’attendrir Brendan et le lecteur.

Un récit avec plusieurs niveaux d’interprétation

Au bout de sept longues années à errer dans les mers, les moines arrivent devant des portes du paradis. C’est un avant-goût du lieu où ils habiteront après leur mort car ils ne peuvent pas y pénétrer tant qu’ils sont vivants. Contents d’être arrivés au bout de leur périple, ils retournent parmi les vivants vivre le reste de leur âge.

Au-delà du récit folklorique et amusant, il faut adopter un second degré de lecture pour aborder le Voyage de saint Brendan. Il faut y voir le récit spirituel d’une âme qui affronte des épreuves qui servent à renforcer sa foi. Malgré toutes les mésaventures qu’il rencontre, Brendan garde une confiance absolue en Dieu.

J’ai pris beaucoup de plaisir à lire La navigation de saint Brendan. C’est la première fois que je lis un récit de voyage dans l’au-delà et je n’ai pas été déçue. Il diffère radicalement des œuvres médiévales que je fréquente et m’a donné très envie d’en lire plus du même genre. Je recommanderai naturellement la lecture à toute personne qui veut lire un récit qui sort de l’ordinaire et qui se situe à la limite de l’hagiographie et du récit fantastique.

Quelques sources

Le Voyage de saint Brendan, Benedeit, éd. Champion Classiques

Le Voyage de saint Brendan : texte intégral en ligne et illustrations

La Navigation de saint Brendan, article de blog de Rémi Mogenet

A la conquête des mers, exposition de Gallica

La fascination exercée par la légende de saint Brendan, étude de G. Vincent

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