«N’ba», Aya Cissoko

Écrire sur sa mère est presque un passage obligé en littérature.  A la mort de cette figure tutélaire, pilier de la famille et gardienne de la culture, les écrivains ressentent le besoin de prendre la plume pour lui rendre hommage et dire quelle grande femme elle a été mais également pour la rendre éternelle dans l’imaginaire de leurs lecteurs. C’est à ce rituel que s’est livrée Aya Cissoko. Je ne connaissais pas l’autrice avant de lire ce roman mais avec N’ba on saisit quelques aspects de sa personnalité.

Aya Cissoko commence son histoire par la fin. Elle nous raconte d’abord le décès de sa mère avant de nous en dire plus sur sa vie. Elle nous confie comment elle a quitté la terre de ses pères, le Mali, pour venir s’installer en France avec un homme qu’elle n’avait pas choisi, comment elle s’est retrouvée veuve avec de jeunes enfants à charge, et surtout comment elle a essayé d’inculquer des éléments de sa culture à ses enfants pour construire leur identité tout en acceptant, tant bien que mal, qu’ils vivent dans une terre étrangère aux mœurs radicalement différentes des siennes.

N’ba est aussi une manière pour Aya Cissoko d’expliquer la construction de sa personne avec les difficultés qu’elle a rencontrées et les renoncements qu’elle a dû faire. Il lui a fallu se forger sa propre identité malgré le fort désir de sa mère d’élever une fille à son image. Enfin, on comprend avec l’autrice que malgré sont désir de se distinguer, sa mère a su lui inculquer un élément central dans sa personnalité et dans sa carrière de boxeuse, le danbé. C’est un terme qu’elle n’a pas su ou pas voulu traduire mais qui semble recouvrir les notions de fierté et d’honneur.

Je recommanderais ce livre à toute personne qui s’intéresse à la culture malienne et qui aimerait comprendre quelles difficultés peuvent rencontrer les personnes qui grandissent dans un pays qui n’est pas celui de leurs parents. J’ai particulièrement apprécié le fait que la mère d’Aya Cissoko ait tenu à transmettre à ses enfants sa langue, leur langue, le bambara. Selon moi, ce qui permet l’appropriation d’une culture, c’est la maîtrise de la langue. Parler une langue c’est non seulement être capable d’échanger avec les autres locuteurs de cette langue mais c’est aussi adopter une vision du monde, une manière de dire le réel.

Faire le choix de mettre des passages dans sa langue maternelle, créant ainsi un livre d’une grande richesse linguistique, était très audacieux. Pour ma part, ce sont des passages que j’ai sautés, puisque je ne les comprenais pas, mais je ne doute pas du plaisir qu’ont dû éprouver les personnes qui parlent la langue à la voir écrite. Enfin, j’ai beaucoup aimé le fait de reproduire le langage de sa mère, sa syntaxe et ses expressions pour donner au lecteur à entendre d’une certaine manière sa voix.

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