« La Guerre des Mondes », H. G. Wells

Peu nombreuses sont les personnes qui croient encore en l’existence d’une vie extraterrestre – ou même à s’en soucier. Au crépuscule du XIXème siècle, lorsque Herbert George Wells écrit La Guerre des mondes, la possibilité qu’il y ait une vie en dehors de la Terre était loin d’être farfelue. Mais tandis que les uns rêvent que l’humanité parte à la conquête d’autres planètes apporter la civilisation et recevoir en guise de remerciement des richesses naturelles, H. G. Wells livre à son lectorat friand d’aventures une dystopie où c’est l’humanité qui est menacée.

Les habitants d’Ottershaw, au Royaume-Uni, découvrent avec surprise qu’un objet extraterrestre a échoué sur la lande pendant la nuit. Leur excitation laisse rapidement place à la terreur quand ils réalisent que des êtres vivants sortent de cet objet et neutralisent tous ceux qui les entourent avec un liquide jaune. Rapidement, d’autres être similaires arrivent, tous armés de la même hostilité envers les humains. Quand ils se rendent comptent que même l’armée et toute sa technologie ne peuvent venir à bout de ces envahisseurs, ils ne leur restent d’autre choix que de prendre la fuite.

Le narrateur, qui est écrivain et philosophe – ce qui n’est pas anodin -, revient sur ces événements six ans après les faits. Il veut livrer à son lecteur la peinture la plus fidèle possible de ce qu’a été la guerre des mondes en recoupant son récit d’autres témoignages.

Une critique du colonialisme

Il est possible de faire plusieurs lectures de La Guerre des mondes. On peut notamment y voir une critique du colonialisme britannique. En effet, le roman a été publiée en 1898, période pendant laquelle l’empire britannique était florissant grâce aux ressources de ses colonies. H. G. Wells, très critique envers la politique impérialiste de son pays, la condamne subtilement en poussant son lecteur à s’identifier au colonisé le temps de sa lecture.

La Guerre des mondes n’est ni un manifeste ni un discours politique mais une fiction dans laquelle l’auteur met en scène une population blanche et privilégiée qui est poussée à renoncer à ses privilèges par un autre peuple qui a développé une technologie supérieure. Au tout début du roman, le narrateur dit que Mars est une planète plus vieille que la Terre. Si sa technologie est développée, elle voit ses ressources diminuer. Pour ne pas disparaître, ses habitants ont décidé d’aller puiser sur Terre ce qui leur manque, sans faire cas des populations qui y habitent déjà.

Plus que de guerre de mondes, il faudrait parler d’extermination car les Terriens n’ont aucune chance devant ces envahisseurs. Les produits de leur civilisation et de leur intelligence sont réduits à néant. Leurs cannons et leurs armes ne leur sont d’aucune utilité. Face à l’ampleur de la menace, ils ne peuvent que se cacher dans les égouts et les caves ou prendre la fuite dans un grand tumulte.

Avant de les juger trop sévèrement, il faut nous remettre en mémoire quelles entières et barbares destructions furent accomplies par notre propre race, non seulement sur des espèces animales, comme le Bison ou le dodo, mais sur les races humaines inférieures. Les Tasmaniens, en dépit de leur conformation humaine, furent en l’espace de cinquante ans entièrement balayés du monde par une guerre d’extermination engagée par les immigrants européens. Sommes-nous de tels apôtres de miséricorde que nous puissions nous plaindre de ce que les Martiens aient fait la guerre dans ce même esprit ?

Cette critique discrète est cependant efficace car elle pousse son lecteur (qui est majoritairement blanc et britannique) à prendre la place de la proie et non plus du prédateur et à s’interroger sur le caractère immoral du colonialisme.

Un manifeste antispéciste ?

Très souvent, pour permettre au lecteur de se rendre compte de la domination que les Martiens exercent sur les humains, le narrateur fait un parallèle entre leur rapport aux humains et celui que les humains entretiennent avec autres animaux.

C’est comme les hommes avec les fourmis. A un endroit, les fourmis installent leurs cités et leurs galeries ; elles y vivent, elles font des guerres et des révolutions, jusqu’au moment où les hommes les trouvent sur leur chemin, et ils en débarrassent le passage. C’est ce qui se produit maintenant.

La comparaison avec les fourmis est intéressante car en plus de souligner le gigantisme des Martiens, elle permet de mettre en valeur l’intelligence des fourmis. Ces dernières sont des êtres doués d’une certaine intelligence, capable de communiquer entre elles, d’établir un modèle politique et de s’organiser en cités. De même que les humains sont indifférents à cet écosystème, de même les Martiens ne sont pas sensibles aux édifices humains, preuves pourtant de l’intelligence humaine.

Un autre passage du roman permet de voir des amorces d’une réflexion anti spéciste. Au chapitre intitulé « Dans la maison en ruine », le narrateur se trouve piégé dans une maison de laquelle il ne peut sortir sans attirer l’attention des martiens. Il arrive cependant à observer discrètement des Martiens et mieux étudier leur anatomie ainsi que leur mode de communication. Il découvre alors qu’ils ne tuent pas systématiquement tous les humains, ils en enlèvent certains pour se nourrir de leur sang. Après avoir décrit cette scène d’horreur, il ajoute :

Sans aucun doute, nous éprouvons à la simple idée de cette opération une répulsion horrifiée, mais, en même temps, réfléchissons combien nos habitudes carnivores sembleraient répugnantes à un lapin doué d’intelligence.

Encore une fois, chaque atrocité que commettent les Martiens doit amener le lecteur à se demander si les humains n’accomplissent pas les mêmes sans état d’âme, privilèges du plus fort et du plus intelligent.

Bien que je ne sois pas une grande lectrice de science-fiction, j’ai beaucoup cette lecture qui s’apparente à un conte philosophique. J’ai aimé découvrir un auteur que je connaissais peu et voir comment il était possible d’insérer des éléments idéologiques dans un récit de prime abord purement fictionnelle. Je ne peux que recommander cette lecture, mais seulement à des personnes qui ne craignent pas d’être ennuyées par un écrit souvent moralisateur.

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